Présentation du livre : Jean de Miribel, l’aventurier de l’empire céleste

Présentation du livre : Jean de Miribel, l’aventurier de l’empire céleste

Présentation de l’ouvrage en présence de l’autrice, Emmanuelle Delagrange, historienne et professeure en classe prépa.

Enjambant les soubresauts du xxe siècle, Jean de Miribel (1919-2015) a vécu mille vies en une. Prêtre-ouvrier dans la France de l’après-guerre, il écoute l’appel de l’ailleurs et, à 50 ans, s’envole pour l’Asie.

C’est en Chine, sous l’ombre portée de Mao, qu’il s’épanouit pleinement. Il apprend le chinois, devient professeur de français à Xi’an, et tisse des liens si profonds qu’il se fond dans le paysage. Il devient un Chinois parmi les Chinois, un intellectuel respecté qui dialogue avec les plus grands sinologues de son temps. Sa vie est un pont, un lien fragile et puissant entre l’Orient et l’Occident.

Mais au-delà de son parcours exceptionnel, Jean de Miribel a consacré sa vie à un idéal : trouver en chacun les graines de bonté, qui étaient pour lui la marque de l’Esprit Saint. Sans chercher à convertir, il a transformé les coeurs.

Dialogue ou repli : 60 ans après Nostra aetate, les catholiques face à l’islam

Dialogue ou repli : 60 ans après Nostra aetate, les catholiques face à l’islam

Octobre 1965 : alors que le pape Paul VI et les pères conciliaires s’apprêtaient à clore le Concile Vatican II, un nouveau document est approuvé in extremis. Il s’agit de “Nostra aetate”, la déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Texte de rupture, fondateur du dialogue interreligieux dans l’Église catholique, Nostra aetate consacre un développement important à la religion musulmane et aux musulmans, invitant les chrétiens “à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté”.

60 ans après, qu’en est-il de cet élan qui bouleversa la vision du monde de l’Église ? Nous en parlerons avec Jean-Jacques Pérennès, dominicain, ancien directeur de l’École Biblique de Jérusalem et biographe de plusieurs dominicains ayant sillonné le monde arabo-musulman au XXe siècle. À travers son expérience de terrain (Algérie, Égypte, Israël-Palestine, France) et ses recherches sur le dialogue islamo-chrétien, nous essaierons de comprendre comment cet héritage du Concile Vatican II a été vécu et interpréter au fil du temps, dans quelle mesure il survit aujourd’hui et quelles sont les perspectives pour l’avenir.

Cycle de conférences : Vies queer, vies chrétiennes

Cycle de conférences : Vies queer, vies chrétiennes

La foi chrétienne comme l’expérience queer, que tout semble a priori opposer, naissent d’un mouvement commun de retournement du stigmate. Le christianisme s’ancre ainsi dans l’expérience de la “folie” de la Croix (1 Corinthiens) où Dieu lui-même est méprisé, humilié, crucifié. Or c’est précisément ce lieu de faiblesse qui, transfiguré par l’amour, devient force de vie : “Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2 Corinthiens). L’expérience queer, de la même façon, transforme une insulte honteuse, humiliante – qui vise celles et ceux qui sortent de la norme sexuelle et de genre et peut signifier “bizarre” ou « pédé » -, en une fierté révolutionnaire.

De ce retournement paradoxal naît un rapport singulier au monde, une attention à la vulnérabilité et un souci viscéral de la justice. C’est cette intuition qui a poussé quelques membres du Dorothy à créer, il y a bientôt trois ans, le groupe Friends of Dorothy, cercle chrétien mensuel de prière, d’échange et de réflexion pour les personnes queer et/ou sensibles aux questions de genre, de sexualité et de normes.

Cette année, Friends of Dorothy propose pour la première fois un cycle public, qui s’ancre au croisement singulier des expériences chrétienn.e.s et queer. Ce cycle entend ainsi explorer des trajectoires, des textes et des configurations historiques souvent méconnus, afin de montrer en quoi ils peuvent renouveler la compréhension de la révélation chrétienne – pour les personnes queer, mais aussi pour l’ensemble des chrétienn.e.s. Comment la lutte contre le VIH-sida a-t-elle vu s’entrechoquer deux logiques, une hospitalité radicale et une morale sexuelle rigide, toutes deux inscrites dans la tradition chrétienne ? Comment la relecture de textes bibliques, comme le Cantique des cantiques, dans des contextes de domination multiples – en l’espèce un amour queer qui éclôt en Palestine – peut-elle être source de désir et de vie ? Dans quelle mesure les personnes queer, chrétiennes ou non, ont-elles un accès singulier à la vie morale ?

Telles sont les questions que le cycle « Vies queer, vies chrétiennes » invite à explorer à travers trois conférences qui auront lieu tout le long du mois d’avril :

9 avril : « L’Église, les catholiques et le sida », avec Théo Hagenmuller (doctorant en histoire à l’UCLouvain)
16 avril : « Lire le Cantique des Cantiques en Palestine », avec Karim Kattan (écrivain et poète franco-palestinien)
30 avril : « Une morale queer est-elle possible ? », avec Pierre Niedergang (docteur en philosophie et auteur) et Suzanne Bécart (doctorante en théologie, UCLouvain).

L’Église, les catholiques et le sida

Dans les années 1980, l’irruption de l’épidémie de VIH-sida vient questionner le discours de l’Église catholique sur la morale sexuelle, alors en pleine réaffirmation. Comment tenir, d’une part, la condamnation morale et doctrinale de l’homosexualité comme de la contraception et, d’autre part, accueillir et soigner les personnes malades, comme le demande le Christ dans l’Évangile de Matthieu ?

Cette première conférence du cycle « Vies queer, vies chrétiennes » se propose d’explorer cette tension. Nous verrons ainsi comment, au croisement de pastorales catholiques ad hoc et du travail d’associations chrétiennes LGBT+, s’est alors développée une parole nouvelle, qui a puisé dans les ressources spirituelles du christianisme pour affronter l’épidémie.

Théo Hagenmuller est doctorant en histoire à l’Université catholique de Louvain, en co-tutelle avec l’EHESS. Sa thèse porte sur l’Église et les communautés catholiques et la crise du sida dans les années 1980 et 1990, à Paris, Cologne et Bruxelles.

Lire le Cantique des Cantiques en Palestine

La deuxième séance du cycle « Vies queer, vies chrétiennes » propose de « Lire le Cantique des Cantiques en Palestine » avec l’écrivain palestinien Karim Kattan. Son dernier texte publié, le recueil de poésie Hortus conclusus, trouve en effet son titre dans le « jardin enclos » du Cantique des cantiques dans sa traduction latine (« Hortus conclusus soror mea, sponsa ; hortus conclusus, fons signatus » – « Ma sœur et fiancée est un jardin enclos ; le jardin enclos est une source fermée »). Ce « pèlerinage par jardins », qui fait le tour du monde tout en tournant autour de Bethléem – Hortus conclusus est aussi le nom d’un couvent de la région -, nous emmène dans « le dehors qu’on trouve dedans » à la rencontre du « dieu unique & sanguinaire occasionnellement qui n’aime pas les déesses », des « soldats » qui « rodent », de la « colonisation » qui « assèche le territoire », du Christ « jardinier » mais aussi du « dieu-cerf » de Glastonbury avant de demander « Laisse-moi alors essayer de te décrire l’un de mes jardins afin que je puisse me laisser aimer de toi ».

C’est dans ces jardins – tout à la fois paradisiaques et asséchés – qu’éclot en effet le désir, qui se trouve être un désir queer en Palestine occupée. Un désir qui, comme dans le Cantique des cantiques, est une puissance ardente toujours au risque du contrôle social. Ainsi, le narrateur du dernier roman de Karim Kattan, L’Eden à l’aube – qui raconte l’amour d’Isaac et Gabriel entre Jérusalem, Jéricho et les chekpoints – faisait ce constat : « Moi, je voulais seulement vous conter leur amour et le commenter. Mais en réalité comment vous décrire leur amour sans vous dire la minutieuse administration dans lequel il est né ? (…) Car voilà, l’un comme l’autre vit dans un pays qui n’est pas vraiment le leur ».

Pendant cette soirée, où alterneront discussions et lectures de textes par Karim Kattan, on essaiera ainsi d’explorer comment ce désir, vulnérable et ardent, puise notamment dans la tradition biblique pour se dire.

Des livres de l’auteur seront proposés à la vente.

Karim Kattan est un écrivain palestinien de Bethléem, né à Jérusalem et vivant en France. Il a publié deux romans aux éditions Elyzad : Le Palais des deux collines (2021) et L’Eden à l’aube (2024), ainsi que le recueil de poésie Hortus conclusus (2025) aux éditions Extrême contemporain.

Une morale queer est-elle possible ?

« Une dépravation grave ». C’est ainsi que l’Eglise catholique qualifie les actes homosexuels dans son Catéchisme. Fruit d’une disqualification multiséculaire, la position du magistère a pu heurter de nombreux.ses croyant.es queer. On comprend dès lors le choix de nombreuses personnes queer de se détourner de la religion et de prendre le contrepied de la morale sexuelle rigide de l’Eglise. L’éclosion d’une vibrante scène gay à partir des années 1970, fait du mantra « jouir sans entraves » un principe d’identité communautaire. Une telle libération sexuelle n’est pas pourtant pas dénuée de certaines violences ou de dominations plus ou moins conscientisées. Si certaines pensées queer maintiennent une résistance vis-à-vis de la normalisation et rendent compte de la puissance irréductiblement subversive de la sexualité, elles gagneraient sans doute à inclure une pensée de l’éthique relationnelle. Telle est la la piste que nous essaierons de tracer le jeudi 30/04, en compagnie de Pierre Niedergang, docteur en philosophie (Paris-Nanterre) et auteur de Vers la normativité queer (2023) et de Suzanne Bécart, doctorante en théologie à l’université de Louvain sur les apports des théologies lesbiennes à l’éthique relationnelle. Nous cheminerons ensemble afin d’interroger dans quelle mesure les pensées queer et la tradition chrétienne peuvent se féconder mutuellement pour contribuer à restaurer les personnes queers dans leur dignité de sujets moraux.

Présentation du livre : François et ses frères

Présentation du livre : François et ses frères

Présentation du livre de Sylvain Piron, “François et ses frères. Biographie collective de François d’Assise” (Éditions la Tempête, 2026).

En 2026, l’Église célèbre un anniversaire très particulier : les 800 ans de la mort de saint François d’Assise (1182-1226). Figure inspiratrice du pontificat du pape François et protagoniste, selon les mots de Léon XIV, d’une “renaissance évangélique”, François d’Assise ne cesse de questionner nos sociétés guerrières, destructrices, cupides. À la suite d’une conversion foudroyante, ce jeune homme décide de quitter tous ses biens, n’endossant qu’une simple tunique de paysan, pour sillonner la terre en proclamant la paix, l’amour universel et la merveille mystique de la Création. Très vite une communauté se forme autour de lui, à tel point qu’un nouvel ordre religieux est créé, défiant l’Église par une radicalité inédite : l’Ordre des Franciscains était né.

Qui étaient ces premiers franciscains, une poignée de va-nu-pieds, souvent en rupture avec leurs familles, qui squattaient les églises abandonnées de la plaine d’Assise, logeant dans des cabanes ou dans les bois ? Qu’est-ce qui les animait ? Comment l’Église de l’époque les regardait-elle ? Pourquoi la figure de François et de ses frères est-elle encore capable de nous interpeller si fortement ?

Nous en parlerons avec Sylvain Piron, historien de l’EHESS, auteur de “François et ses frères. Biographie collective de François d’Assise” (Éditions la Tempête, 2026). En retraçant le parcours de ces premiers franciscains, à la fois dans les principes qui les animait et les réalités sociales et politiques auxquelles ils devaient faire face, nous essayerons de comprendre en quoi l’esprit de François est encore une source vive d’inspiration.

Saint-Merry, l’aventure Hors-les-murs : quatre regards

Saint-Merry, l’aventure Hors-les-murs : quatre regards

Rencontre avec quatre intervenants qui ont contribué parmi dix-sept auteurs du livre L’aventure hors les murs, paru aux Éditions de l’Atelier et Temps Présent.

« Ce livre raconte l’expérience collective du Centre pastoral Saint-Merry, brutalement exclu de son église en 2021, et qui a choisi de poursuivre sa route, hors les murs. Une communauté en mouvement habitée par une certitude : c’est dans la sortie, dans le risque du déplacement, que peut naître quelque chose de nouveau.
Tissé de témoignages, de réflexions spirituelles, théologiques, sociologiques, politiques, artistiques, cet ouvrage invite à repenser nos manières d’habiter le monde, de croire, d’agir, de faire Église – en dialogue avec les invisibles, les exilé·es, les chercheur·ses de sens.
Il s’adresse à toutes celles et ceux qui perçoivent la nécessité d’ouvrir portes et fenêtres : non pas pour fuir, mais pour accueillir l’imprévu et retrouver l’élan d’un esprit qui, décidément, souffle là où on ne l’attend pas. »