La foi chrétienne comme l’expérience queer, que tout semble a priori opposer, naissent d’un mouvement commun de retournement du stigmate. Le christianisme s’ancre ainsi dans l’expérience de la “folie” de la Croix (1 Corinthiens) où Dieu lui-même est méprisé, humilié, crucifié. Or c’est précisément ce lieu de faiblesse qui, transfiguré par l’amour, devient force de vie : “Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2 Corinthiens). L’expérience queer, de la même façon, transforme une insulte honteuse, humiliante – qui vise celles et ceux qui sortent de la norme sexuelle et de genre et peut signifier “bizarre” ou « pédé » -, en une fierté révolutionnaire.
De ce retournement paradoxal naît un rapport singulier au monde, une attention à la vulnérabilité et un souci viscéral de la justice. C’est cette intuition qui a poussé quelques membres du Dorothy à créer, il y a bientôt trois ans, le groupe Friends of Dorothy, cercle chrétien mensuel de prière, d’échange et de réflexion pour les personnes queer et/ou sensibles aux questions de genre, de sexualité et de normes.
Cette année, Friends of Dorothy propose pour la première fois un cycle public, qui s’ancre au croisement singulier des expériences chrétienn.e.s et queer. Ce cycle entend ainsi explorer des trajectoires, des textes et des configurations historiques souvent méconnus, afin de montrer en quoi ils peuvent renouveler la compréhension de la révélation chrétienne – pour les personnes queer, mais aussi pour l’ensemble des chrétienn.e.s. Comment la lutte contre le VIH-sida a-t-elle vu s’entrechoquer deux logiques, une hospitalité radicale et une morale sexuelle rigide, toutes deux inscrites dans la tradition chrétienne ? Comment la relecture de textes bibliques, comme le Cantique des cantiques, dans des contextes de domination multiples – en l’espèce un amour queer qui éclôt en Palestine – peut-elle être source de désir et de vie ? Dans quelle mesure les personnes queer, chrétiennes ou non, ont-elles un accès singulier à la vie morale ?
Telles sont les questions que le cycle « Vies queer, vies chrétiennes » invite à explorer à travers trois conférences qui auront lieu tout le long du mois d’avril :
9 avril : « L’Église, les catholiques et le sida », avec Théo Hagenmuller (doctorant en histoire à l’UCLouvain)
16 avril : « Lire le Cantique des Cantiques en Palestine », avec Karim Kattan (écrivain et poète franco-palestinien)
30 avril : « Une morale queer est-elle possible ? », avec Pierre Niedergang (docteur en philosophie et auteur) et Suzanne Bécart (doctorante en théologie, UCLouvain).