Ivan Segré (talmudiste et philosophe) au Dorothy

Ivan Segré (talmudiste et philosophe) au Dorothy

Le 7 juillet, le Dorothy était très heureux d’accueillir Ivan Segré, talmudiste et philosophe. Auteur d’une oeuvre déjà reconnue (on notera : Judaïsme et révolution, 2014 et La souveraineté adamique, 2022), il travaille notamment sur la dimension politique des textes bibliques.

Et si la Révélation biblique ouvrait à une politique de l’égalité sociale et à une compréhension renouvelée de la liberté humaine ? Ivan Segré propose des pistes à cette question à partir d’une analyse d’un extrait de la Genèse (chapitre 4, versets 1 à 8).

Pour une introduction à sa pensée : https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/04/03/ivan-segre-entre-revolution-et-revelation_6120360_3260.html

Enregistrement audio de la conférence : https://anchor.fm/le-dorothy/episodes/Ivan-Segr-talmudiste-et-philosophe-au-Dorothy–Judasme-et-rvolution-e1kuuhs

Echange autour du livre Rester barbare de Louisa Yousfi (en présence de l’auteure)

Echange autour du livre Rester barbare de Louisa Yousfi (en présence de l’auteure)

Le mercredi 6 juillet, Le Dorothy a eu l’honneur d’accueillir Louisa Yousfi, journaliste, auteure, militante. Avec Rester barbare (Ed. La Fabrique, 2022), elle signe un essai littéraire et politique passionnant qui interroge en profondeur les notions d’intégration, de barbare, d’identité, de tradition, de modernité… Elle cherche à rendre compte de la condition psychologique, politique, sociale de « l’indigène », c’est-à-dire de l’immigré ou du descendant d’immigrés. Ce livre ne peut pas laisser indifférent.

Extraits :  » Plus on tente de prouver notre humanité, plus on fait grandir le soupçon. Commencer à se justifier, c’est commencer à admettre que le doute était permis et qu’il le sera toujours. (…) Nous, première, deuxième et énième génération, toute la bande des « naturalisés », des droits-du-solistes, des doubles passeports, des déchéançables de nationalité, le savons trop bien : franchir leur frontière sans la détruire, c’est la reconduire derrière soi et derrière soi barrer la route à d’autres barbares, fabriqués pour l’occasion. (…) L’essence d’une frontière, c’est la possibilité de la trahison.  »

La soirée a pris la forme d’une discussion des problèmes et des thèses soulevés par l’ouvrage. Anne Waeles et Imtinen Abidi ont assuré l’organisation et l’animation de la soirée en menant l’échange avec Louisa Yousfi.

Enregistrement audio de la discussion : https://anchor.fm/le-dorothy/episodes/Echange-autour-du-livre-Rester-barbare-de-Louisa-Yousfi-en-prsence-de-lauteur-e1ku8tv

De quoi avons-nous vraiment besoin ? La satisfaction des besoins fondamentaux de tous dans la théorie politique contemporaine et la doctrine sociale de l’Eglise

De quoi avons-nous vraiment besoin ? La satisfaction des besoins fondamentaux de tous dans la théorie politique contemporaine et la doctrine sociale de l’Eglise

Soirée organisée au Dorothy le 17 juin 2022.

Le thème :

Le Dorothy vous propose une soirée-débat autour de ces enjeux politiques, économiques et écologiques fondamentaux.

« Que nul n’ait plus jamais faim » : telle serait une réponse à donner, selon Adorno, théoricien de l’Ecole de Francfort, à la question de savoir ce que seraient les mots d’ordre d’une société émancipée. Le capitalisme est en effet ce système qui échoue à satisfaire les besoins fondamentaux de tous malgré une production surabondante de biens. Mais quelle théorie économique et politique contemporaine est aujourd’hui en mesure de proposer un modèle juste de satisfaction des besoins fondamentaux, et s’agit-il toujours d’un des objectifs que la théorie politique s’assigne ? Comment, le cas échéant, identifier ces besoins fondamentaux ? Faut-il penser leur satisfaction à un échelon local, national ou mondial ? Faut-il, enfin, extraire l’organisation de la satisfaction des besoins fondamentaux du champ du marché et, si oui, selon quelles modalités ? Ces questions, qui font actuellement l’objet de vifs débats théoriques dans le champ de la philosophie politique et de la théorie critique, ont été également largement discutées, de longue date, par la doctrine sociale de l’Église dans plusieurs encycliques.

Nos invités :

Guillaume Dezaunay (professeur de philosophie au lycée Cormontaigne de Metz) et Agnès Grivaux (maîtresse de conférence en philosophie à l’université de Nantes).

Travail en groupe :

À la suite des deux interventions, les participants ont échangé en petits groupes à partir des questions suivantes et des deux textes ci-dessous.

  • Est-il possible/souhaitable de hiérarchiser les besoins pour les satisfaire universellement ?
  • Que répondre à l’objection du paternalisme contre une telle entreprise ? `
  • Quelle est l’échelle/l’institution pertinente pour organiser les conditions matérielles de la satisfaction des besoins de manière à la fois efficace et juste ?
  • Quels concepts forgés par la doctrine sociale de l’Eglise peuvent nous permettre de répondre à ces questions ?

Deux textes issus de Populorum progressio, pape Paul VI (1967) :

Paragraphe 21, L’idéal à poursuivre : « Moins humaines : les carences matérielles de ceux qui sont privés du minimum vital, les carences morales de ceux qui sont mutilés par l’égoïsme. Moins humaines : les structures oppressives, qu’elles proviennent des abus de la possession ou des abus du pouvoir, de l’exploitation des travailleurs ou de l’injustice des transactions. Plus humaines : la montée de la misère vers la possession du nécessaire, la victoire sur les fléaux sociaux, l’amplification des connaissances, l’acquisition de la culture. Plus humaines aussi : la considération accrue de la dignité d’autrui, l’orientation vers l’esprit de pauvreté, la coopération au bien commun, la volonté de paix. Plus humaine encore la reconnaissance par l’homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui est la source et le terme. Plus humaines enfin et surtout la foi, don de Dieu accueilli par la bonne volonté de l’homme, et l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle tout à participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes. »

Paragraphe 23, La propriété : « Si quelqu’un, jouissant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » On sait avec quelle fermeté les Pères de l’Eglise ont précisé quelle doit être l’attitude de ceux qui possèdent, en face de ceux qui sont dans le besoin : « Ce n’est pas de ton bien, affirme ainsi saint Ambroise, que tu fais largesse au pauvre, tu lui rends ce qui lui appartient. Car ce qui est donné en commun pour l’usage de tous, voilà ce que tu t’arroges. La terre est donné à tout le monde, et pas seulement aux riches. » C’est dire que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu. Nul n’est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent de nécessaire. En un mot, « le droit de propriété ne doit jamais s’exercer au détriment de l’utilité commune, selon la doctrine traditionnelle chez les Pères de l’Eglise et les grands théologiens ». S’il arrive qu’un conflit surgisse « entre droits privés acquis et exigences communautaires primordiales », il appartient aux pouvoirs publics de « s’attacher à le résoudre, avec l’active participation des personnes et des groupes sociaux. »

Un autre regard sur les Roms. Rencontre avec Nicolas Clément, auteur de La précarité pour tout bagage. Un autre regard sur les Roms (Ed. de l’Atelier, 2022)

Un autre regard sur les Roms. Rencontre avec Nicolas Clément, auteur de La précarité pour tout bagage. Un autre regard sur les Roms (Ed. de l’Atelier, 2022)

Conférence du 14 juin 2022.

Les Roms, est-ce utile de le dire, font l’objet de nombreuses idées reçues et d’un rejet très fort. Or cette population est surtout très mal connue : dès lors, les préjugés sont tenaces. Bénévole au Secours Catholique, Nicolas Clément accompagne, depuis plus de dix ans, des familles roms qui vivent en région parisienne. Cela fait de lui un témoin privilégié pour raconter ces vies en montagnes russes, alternance d’angoisses et d’espoirs, mais surtout de pauvreté et de fragilité. Il vient de publier, aux éditions de l’Atelier, La précarité pour tout bagage. Un autre regard sur les Roms (2022)

Dans des récits sensibles et incarnés, soutenus par des informations et données précises, l’auteur raconte les expulsions des baraquements détruits au petit matin, la détresse des parents à qui sont enlevés leurs enfants, la mendicité comme dernier recours, les nuits passées à récupérer des vêtements pour les vendre aux puces de Montreuil, les appels au Samu social, les actes de rejet du voisinage…Mais aussi la joie de vivre et l’accueil chaleureux qu’il trouve auprès de ces familles au gré de ses visites, la fierté des enfants qui avancent dans leurs apprentissages, la solidarité de parents d’élève, la générosité de voisins qui prennent le temps d’un échange… Avec sa grande connaissance de la population rom et son expérience de terrain, Nicolas Clément nous offre une tout autre image. Battant en brèche tous les préjugés dont les Roms payent lourdement le prix, ce livre est une invitation à oser la rencontre.

Bénévole depuis trente ans au Secours Catholique, Nicolas Clément accompagne presque à plein temps des familles à la rue et en bidonville depuis 2013. Il a dirigé l’Uniopss, a présidé le collectif Les Morts de la Rue de 2015 à 2018, et préside l’association Un Ballon pour l’Insertion depuis 2014. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels Une soirée et une nuit (presque) ordinaires avec les sans-abris (Éditions du Cerf, 2015).

Enregistrement audio de la conférence au Dorothy : https://anchor.fm/le-dorothy/episodes/Un-autre-regard-sur-les-Roms–Rencontre-avec-Nicolas-Clment–auteur-de-La-prcarit-pour-tout-bagage–Un-autre-regard-sur-les-Roms-Ed–de-lAtelier–2022-e1jvgrp

Vidéo d’une interview de Nicolas Clément au sujet de son livre faite par les Éditions de l’Atelier : https://www.youtube.com/watch?v=ypwe3I74ILY

Les théologiens stanley hauerwas et william cavanaugh à paris !

Les théologiens stanley hauerwas et william cavanaugh à paris !

La semaine du 16 mai, deux théologiens chrétiens américains parmi les plus (re)connus, Stanley Hauerwas (chrétien méthodiste) et William Cavanaugh (chrétien catholique), viennent à Paris. Ils sont invités par l’Institut Catholique de Paris. Le premier a été le professeur du second. Les deux ont une dimension politique et sociale importante dans leurs réflexions. 

Chez Cavanaugh, l’efficacité de la critique de l’ordre politico-économique contemporain s’accompagne d’une théologie de l’église et d’une théologie politique très inspirantes, ambitieuses, profondément en prise sur les enjeux du temps et en même temps très spirituelles/sacramentelles. Très bon connaisseur de l’œuvre et de la pensée de Dorothy Day et du Catholic Worker, Cavanaugh conserve envers elle une grande admiration. Cavanaugh a vu naître sa vocation de théologien lorsqu’il avait une vingtaine d’années et qu’il vivait dans les banlieues pauvres du Chili de Pinochet, où il faisait de l’action sociale. Cela a donné un livre superbe – Torture et Eucharistie – qui est à la fois une enquête empirique et une théologie de l’Eglise en contexte de dictature.

Certains membres du Dorothy ont eu la chance de pouvoir rencontrer et sympathiser avec William Cavanaugh en 2016, lors d’une précédente venue en France. Le Dorothy est association partenaire de la semaine de rencontres et de réflexions organisé par l’ICP en mai.

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Voici les informations et les contenus qui pourraient vous intéresser : 

Le programme de la semaine de rencontres/conférences du 16 mai :

https://www.icp.fr/a-propos-de-licp/actualites/la-responsabilite-de-la-theologie-dans-lespace-public

Lien d’inscription vers la soirée du mercredi 18 mai : 

https://www.eventbrite.fr/e/billets-levangile-affaire-privee-ou-engagement-public-conference-268928932677

Présentation des grandes lignes de la pensée théologique de Cavanaugh : https://collectif-anastasis.org/2022/03/21/en-lisant-william-cavanaugh/

Article de Cavanaugh écrit à la demande du Dorothy à l’occasion des élections américaines de 2020 : https://www.ledorothy.fr/2020/10/26/des-sans-abri-dans-le-champ-politique-les-catholiques-aux-etats-unis/

François begaudeau au dorothy

François begaudeau au dorothy

Le mardi 12 avril au soir, quelques jours après le premier tour des élections présidentielles, Le Dorothy a eu le plaisir d’accueillir l’écrivain François Bégaudeau pour une soirée de réflexion. La soirée avait été conçue par les amis de la revue Limite. Paul Piccarreta, responsable de la revue et auteur d’un livre d’entretiens avec François Bégaudeau, l’a interrogé sur différents sujets tous aussi passionnants les uns que les autres : la bourgeoisie, le capitalisme, l’action politique, le christianisme… Puis quelques personnes de la salle ont pu poser leurs propres questions. Voici ci-dessous l’enregistrement de la soirée. Bonne écoute !

https://anchor.fm/le-dorothy/episodes/Franois-Bgaudeau-au-Dorothy-e1h7vb9