Que faire des agresseurs ?
À l’heure où la plupart des agresseurs passent encore à travers les mailles du filet du système pénal, et que par conséquent les condamnations de certains d’entre eux peuvent être légitimement décrites comme des avancées féministes majeures, la pensée d’une justice non-punitive ne court-elle pas le risque d’être inaudible parce que trop prophétique ?
Pour la première conférence du cycle « Punir, à quoi bon ? » nous avons l’honneur de recevoir Elsa Deck Marsault, penseuse abolitionniste, autrice de « Faire justice » (2023) et de « La violence en spectacle » (2026).
Elsa Deck Marsault a cofondé le collectif Fracas, collectif queer et féministe d’entraide militante à la prise en charge des conflits et des violences en milieu intercommunautaire.
C’est sur ce terrain que l’autrice tente depuis quelques années d’imaginer, en s’inspirant de la pensée abolitionniste née dans les années 1970 aux États-Unis, une justice alternative au système pénal. Là où tribunaux, police et prisons semblent incapables d’interrompre le phénomène de la violence, cette justice alternative se veut véritablement « transformatrice ». Au cœur de cette justice se trouve l’idée, vertigineuse, que la punition ne peut que perpétuer les dégâts qu’elle ambitionne de réparer.
Dans son premier livre, Faire justice (2023) Elsa Deck Marsault montrait en quoi certains milieux militants progressistes reproduisaient, par une surenchère punitive, les mécanismes qu’ils prétendent combattre en be passant pas par la justice institutionnelle. Son nouveau livre, « la violence en spectacle » retrace la domination progressive d’un féminisme pro-carcéral sur un féminisme plus radical, qui ne déléguerait pas à un État répressif la question de la réparation. Ce livre appelle à la réappropriation collective du conflit en congédiant la posture victimaire.
