Présentation du livre : Service public ou barbarie

Présentation du livre : Service public ou barbarie

Quelle est cette nouvelle barbarie qui se déchaîne dans le monde ? Partout, les gouvernements autoritaires taillent dans le service public et sapent la démocratie. En France, leur affaiblissement nourrit la défiance et fracture la société. Prisonnière du mythe de l'”âge d’or”, l’idée de service public semble épuisée. On aurait tout dit, tout essayé. Et si c’était l’inverse ? Et si le service public constituait une réponse majeure aux crises écologique, démocratique et sociale de notre siècle ?

Depuis l’intérieur de l’État, Arnaud Bontemps, haut fonctionnaire et fondateur du collectif Nos Services Publics, analyse la dérive austéritaire et bureaucratique en cours. Il montre que le service public incarne un véritable projet de société : prendre collectivement en main nos besoins essentiels, pour les soustraire à la logique du marché et en garantir l’accès à chacune et à chacun.

Croisant luttes collectives, sciences sociales et expérience des institutions, ce livre-manifeste appelle à un triple renversement : sortir de l’obéissance, répondre aux besoins, rendre le pouvoir aux citoyens.

Cette soirée de lancement du livre au Dorothy permettra d’échanger avec l’auteur et de penser ensemble de telles questions, cruciales pour l’avenir de notre société.

Cycle : Punir, à quoi bon ?

Cycle : Punir, à quoi bon ?

Que faire des agresseurs ?

À l’heure où la plupart des agresseurs passent encore à travers les mailles du filet du système pénal, et que par conséquent les condamnations de certains d’entre eux peuvent être légitimement décrites comme des avancées féministes majeures, la pensée d’une justice non-punitive ne court-elle pas le risque d’être inaudible parce que trop prophétique ?

Pour la première conférence du cycle « Punir, à quoi bon ? » nous avons l’honneur de recevoir Elsa Deck Marsault, penseuse abolitionniste, autrice de « Faire justice » (2023) et de « La violence en spectacle » (2026).

Elsa Deck Marsault a cofondé le collectif Fracas, collectif queer et féministe d’entraide militante à la prise en charge des conflits et des violences en milieu intercommunautaire.
C’est sur ce terrain que l’autrice tente depuis quelques années d’imaginer, en s’inspirant de la pensée abolitionniste née dans les années 1970 aux États-Unis, une justice alternative au système pénal. Là où tribunaux, police et prisons semblent incapables d’interrompre le phénomène de la violence, cette justice alternative se veut véritablement « transformatrice ». Au cœur de cette justice se trouve l’idée, vertigineuse, que la punition ne peut que perpétuer les dégâts qu’elle ambitionne de réparer.

Dans son premier livre, Faire justice (2023) Elsa Deck Marsault montrait en quoi certains milieux militants progressistes reproduisaient, par une surenchère punitive, les mécanismes qu’ils prétendent combattre en be passant pas par la justice institutionnelle. Son nouveau livre, « la violence en spectacle » retrace la domination progressive d’un féminisme pro-carcéral sur un féminisme plus radical, qui ne déléguerait pas à un État répressif la question de la réparation. Ce livre appelle à la réappropriation collective du conflit en congédiant la posture victimaire.

Présentation du livre : Jean de Miribel, l’aventurier de l’empire céleste

Présentation du livre : Jean de Miribel, l’aventurier de l’empire céleste

Présentation de l’ouvrage en présence de l’autrice, Emmanuelle Delagrange, historienne et professeure en classe prépa.

Enjambant les soubresauts du xxe siècle, Jean de Miribel (1919-2015) a vécu mille vies en une. Prêtre-ouvrier dans la France de l’après-guerre, il écoute l’appel de l’ailleurs et, à 50 ans, s’envole pour l’Asie.

C’est en Chine, sous l’ombre portée de Mao, qu’il s’épanouit pleinement. Il apprend le chinois, devient professeur de français à Xi’an, et tisse des liens si profonds qu’il se fond dans le paysage. Il devient un Chinois parmi les Chinois, un intellectuel respecté qui dialogue avec les plus grands sinologues de son temps. Sa vie est un pont, un lien fragile et puissant entre l’Orient et l’Occident.

Mais au-delà de son parcours exceptionnel, Jean de Miribel a consacré sa vie à un idéal : trouver en chacun les graines de bonté, qui étaient pour lui la marque de l’Esprit Saint. Sans chercher à convertir, il a transformé les coeurs.

Dialogue ou repli : 60 ans après Nostra aetate, les catholiques face à l’islam

Dialogue ou repli : 60 ans après Nostra aetate, les catholiques face à l’islam

Octobre 1965 : alors que le pape Paul VI et les pères conciliaires s’apprêtaient à clore le Concile Vatican II, un nouveau document est approuvé in extremis. Il s’agit de “Nostra aetate”, la déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes. Texte de rupture, fondateur du dialogue interreligieux dans l’Église catholique, Nostra aetate consacre un développement important à la religion musulmane et aux musulmans, invitant les chrétiens “à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté”.

60 ans après, qu’en est-il de cet élan qui bouleversa la vision du monde de l’Église ? Nous en parlerons avec Jean-Jacques Pérennès, dominicain, ancien directeur de l’École Biblique de Jérusalem et biographe de plusieurs dominicains ayant sillonné le monde arabo-musulman au XXe siècle. À travers son expérience de terrain (Algérie, Égypte, Israël-Palestine, France) et ses recherches sur le dialogue islamo-chrétien, nous essaierons de comprendre comment cet héritage du Concile Vatican II a été vécu et interpréter au fil du temps, dans quelle mesure il survit aujourd’hui et quelles sont les perspectives pour l’avenir.

Cycle de conférences : Vies queer, vies chrétiennes

Cycle de conférences : Vies queer, vies chrétiennes

La foi chrétienne comme l’expérience queer, que tout semble a priori opposer, naissent d’un mouvement commun de retournement du stigmate. Le christianisme s’ancre ainsi dans l’expérience de la “folie” de la Croix (1 Corinthiens) où Dieu lui-même est méprisé, humilié, crucifié. Or c’est précisément ce lieu de faiblesse qui, transfiguré par l’amour, devient force de vie : “Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (2 Corinthiens). L’expérience queer, de la même façon, transforme une insulte honteuse, humiliante – qui vise celles et ceux qui sortent de la norme sexuelle et de genre et peut signifier “bizarre” ou “pédé” -, en une fierté révolutionnaire.

De ce retournement paradoxal naît un rapport singulier au monde, une attention à la vulnérabilité et un souci viscéral de la justice. C’est cette intuition qui a poussé quelques membres du Dorothy à créer, il y a bientôt trois ans, le groupe Friends of Dorothy, cercle chrétien mensuel de prière, d’échange et de réflexion pour les personnes queer et/ou sensibles aux questions de genre, de sexualité et de normes.

Cette année, Friends of Dorothy propose pour la première fois un cycle public, qui s’ancre au croisement singulier des expériences chrétienn.e.s et queer. Ce cycle entend ainsi explorer des trajectoires, des textes et des configurations historiques souvent méconnus, afin de montrer en quoi ils peuvent renouveler la compréhension de la révélation chrétienne – pour les personnes queer, mais aussi pour l’ensemble des chrétienn.e.s. Comment la lutte contre le VIH-sida a-t-elle vu s’entrechoquer deux logiques, une hospitalité radicale et une morale sexuelle rigide, toutes deux inscrites dans la tradition chrétienne ? Comment la relecture de textes bibliques, comme le Cantique des cantiques, dans des contextes de domination multiples – en l’espèce un amour queer qui éclôt en Palestine – peut-elle être source de désir et de vie ? Dans quelle mesure les personnes queer, chrétiennes ou non, ont-elles un accès singulier à la vie morale ?

Telles sont les questions que le cycle “Vies queer, vies chrétiennes” invite à explorer à travers trois conférences qui auront lieu tout le long du mois d’avril :

9 avril : “L’Église, les catholiques et le sida”, avec Théo Hagenmuller (doctorant en histoire à l’UCLouvain)
16 avril : “Lire le Cantique des Cantiques en Palestine”, avec Karim Kattan (écrivain et poète franco-palestinien)
30 avril : “Une morale queer est-elle possible ?”, avec Pierre Niedergang (docteur en philosophie et auteur) et Suzanne Bécart (doctorante en théologie, UCLouvain).

L’Église, les catholiques et le sida

Dans les années 1980, l’irruption de l’épidémie de VIH-sida vient questionner le discours de l’Église catholique sur la morale sexuelle, alors en pleine réaffirmation. Comment tenir, d’une part, la condamnation morale et doctrinale de l’homosexualité comme de la contraception et, d’autre part, accueillir et soigner les personnes malades, comme le demande le Christ dans l’Évangile de Matthieu ?

Cette première conférence du cycle « Vies queer, vies chrétiennes » se propose d’explorer cette tension. Nous verrons ainsi comment, au croisement de pastorales catholiques ad hoc et du travail d’associations chrétiennes LGBT+, s’est alors développée une parole nouvelle, qui a puisé dans les ressources spirituelles du christianisme pour affronter l’épidémie.

Théo Hagenmuller est doctorant en histoire à l’Université catholique de Louvain, en co-tutelle avec l’EHESS. Sa thèse porte sur l’Église et les communautés catholiques et la crise du sida dans les années 1980 et 1990, à Paris, Cologne et Bruxelles.

Lire le Cantique des Cantiques en Palestine

La deuxième séance du cycle « Vies queer, vies chrétiennes » propose de « Lire le Cantique des Cantiques en Palestine » avec l’écrivain palestinien Karim Kattan. Son dernier texte publié, le recueil de poésie Hortus conclusus, trouve en effet son titre dans le « jardin enclos » du Cantique des cantiques dans sa traduction latine (« Hortus conclusus soror mea, sponsa ; hortus conclusus, fons signatus » – « Ma sœur et fiancée est un jardin enclos ; le jardin enclos est une source fermée »). Ce « pèlerinage par jardins », qui fait le tour du monde tout en tournant autour de Bethléem – Hortus conclusus est aussi le nom d’un couvent de la région -, nous emmène dans « le dehors qu’on trouve dedans » à la rencontre du « dieu unique & sanguinaire occasionnellement qui n’aime pas les déesses », des « soldats » qui « rodent », de la « colonisation » qui « assèche le territoire », du Christ « jardinier » mais aussi du « dieu-cerf » de Glastonbury avant de demander « Laisse-moi alors essayer de te décrire l’un de mes jardins afin que je puisse me laisser aimer de toi ».

C’est dans ces jardins – tout à la fois paradisiaques et asséchés – qu’éclot en effet le désir, qui se trouve être un désir queer en Palestine occupée. Un désir qui, comme dans le Cantique des cantiques, est une puissance ardente toujours au risque du contrôle social. Ainsi, le narrateur du dernier roman de Karim Kattan, L’Eden à l’aube – qui raconte l’amour d’Isaac et Gabriel entre Jérusalem, Jéricho et les chekpoints – faisait ce constat : « Moi, je voulais seulement vous conter leur amour et le commenter. Mais en réalité comment vous décrire leur amour sans vous dire la minutieuse administration dans lequel il est né ? (…) Car voilà, l’un comme l’autre vit dans un pays qui n’est pas vraiment le leur ».

Pendant cette soirée, où alterneront discussions et lectures de textes par Karim Kattan, on essaiera ainsi d’explorer comment ce désir, vulnérable et ardent, puise notamment dans la tradition biblique pour se dire.

Des livres de l’auteur seront proposés à la vente.

Karim Kattan est un écrivain palestinien de Bethléem, né à Jérusalem et vivant en France. Il a publié deux romans aux éditions Elyzad : Le Palais des deux collines (2021) et L’Eden à l’aube (2024), ainsi que le recueil de poésie Hortus conclusus (2025) aux éditions Extrême contemporain.

Une morale queer est-elle possible ?

“Une dépravation grave”. C’est ainsi que l’Eglise catholique qualifie les actes homosexuels dans son Catéchisme. Fruit d’une disqualification multiséculaire, la position du magistère a pu heurter de nombreux.ses croyant.es queer. On comprend dès lors le choix de nombreuses personnes queer de se détourner de la religion et de prendre le contrepied de la morale sexuelle rigide de l’Eglise. L’éclosion d’une vibrante scène gay à partir des années 1970, fait du mantra “jouir sans entraves” un principe d’identité communautaire. Une telle libération sexuelle n’est pas pourtant pas dénuée de certaines violences ou de dominations plus ou moins conscientisées. Si certaines pensées queer maintiennent une résistance vis-à-vis de la normalisation et rendent compte de la puissance irréductiblement subversive de la sexualité, elles gagneraient sans doute à inclure une pensée de l’éthique relationnelle. Telle est la la piste que nous essaierons de tracer le jeudi 30/04, en compagnie de Pierre Niedergang, docteur en philosophie (Paris-Nanterre) et auteur de Vers la normativité queer (2023) et de Suzanne Bécart, doctorante en théologie à l’université de Louvain sur les apports des théologies lesbiennes à l’éthique relationnelle. Nous cheminerons ensemble afin d’interroger dans quelle mesure les pensées queer et la tradition chrétienne peuvent se féconder mutuellement pour contribuer à restaurer les personnes queers dans leur dignité de sujets moraux.