Allégorie de la justice, détail de la fresque « Allégorie et effets du Bon et du Mauvais Gouvernement », Lorenzetti (1338-1339, Sienne)

Texte écrit par Néda, membre du Dorothy, le 6 novembre 2020

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Le Dorothy porte le nom de Dorothy Day, militante catholique américaine qui, après sa conversion, a pris au sérieux la doctrine sociale de l’Église et créé le Catholic worker movement. C’est un café associatif chrétien, juché sur les hauteurs de Ménilmontant, et ouvert à tous, inconditionnellement. Derrière une petite porte rouge se tiennent, du lundi au dimanche, aussi bien des permanences associatives que des ateliers d’artistes, un café, un atelier de menuiserie et des soirées de conférences. S’y croisent et s’y enchevêtrent ainsi les différents mondes de notre quartier, tout comme les différents mondes que chacun porte en lui-même.

La vie qui s’y déploie est de nature politique, au sens où elle crée du commun là où, souvent, il n’y en pas. Une vie commune, à égalité, entre des personnes qui vivent à la rue, n’ont pas de papiers, souffrent de maladies physiques ou psychiques, cherchent tout simplement à vivre davantage auprès des autres dans une société où tout nous conduit, inexorablement, à la seule promotion de nos intérêts et à l’acceptation, au mieux désabusée et au pire cynique, du jeu des rapports de force.

Cette vie politique a un horizon universel – non que nous soyons mégalomanes ! mais dans la mesure où elle est, par nature, ouverte à tous, et ceci de façon active, c’est-à-dire en veillant à ce que chacun puisse y trouver sa juste place et, qu’à sa façon, il respecte le lieu et contribue à sa croissance. Concrètement, qu’il soit croyant et quelle que soit alors sa confession, qu’il soit agnostique ou athée, chacun doit pouvoir trouver sa place dans ce lieu, s’il sent que celui-ci a un sens pour lui. Nombreux sont ceux qui sont la vie même de ce lieu et ne sont pas chrétiens.

En même temps, et ceci est clair pour tous ceux qui entrent au Dorothy et y passent un certain temps, la démarche qui l’anime est profondément chrétienne : soutenue par une prière communautaire, enracinée dans une vive conscience de l’injustice qui mine nos rapports les plus quotidiens et nos habitudes de pensée ; nourrie de la parole paradoxale du Christ qui, au nom de l’amour, nous appelle à un renversement radical de valeurs : « Heureux les affligés, car ils seront consolés. Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés. (…) Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. » (Matthieu, 5, 3-12).

Nous croyons, en effet, que c’est lorsqu’on a une orientation que l’on peut parler à tous. Autrement dit, l’affirmation de notre foi et des principes d’action qu’elle implique ne nous enferme pas mais, bien au contraire, ouvre un champ de possibles et de relations qui nous entraîne spontanément, et largement, au-delà de la communauté des chrétiens. C’est à partir de cette expérience, où s’articulent et se réarticulent sans cesse affirmation d’une vérité révélée et exigence impérieuse d’ouverture à l’autre – c’est-à-dire celui qui n’adhère pas à cette vérité – que nous voulons essayer de partager humblement deux réflexions au sujet du meurtre du professeur d’histoire Samuel Paty par un jeune réfugié russe d’origine tchétchène, en raison du cours sur la liberté d’expression qu’il avait assuré auprès de ses élèves de collège.

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La décapitation du professeur en pleine rue au nom de la religion, et la chaîne sordide d’événements ayant conduit à son meurtre, est le crime le plus grave qui soit. L’Ancien testament prohibe absolument le meurtre : (« Tu ne tueras point », cinquième commandement du Décalogue).  Aussi, ce crime nous frappe violemment, comme citoyens et aussi comme croyants. Nous voulons simplement dire ici que la condamnation de ce meurtre, et le combat, notamment moral, contre la logique mortifère qui y conduit, peut être menée, non pas nécessairement contre ou hors de la religion mais depuis l’intérieur même de celle-ci. Contre une tendance qui voudrait contenir la religion à la pure sphère privée en raison précisément de la perpétuation d’un tel meurtre, nous croyons plutôt qu’il y a une pertinence de la parole religieuse à intervenir à ce sujet.

Le meurtre de Samuel Paty a effet provoqué une parole publique, à la fois médiatique et étatique, sur la religion et sa pratique dont le contenu pourrait être résumé de la façon suivante : la religion, dont l’Islam représente la forme la plus archaïque, est une superstition irrationnelle, qui se nourrit des passions humaines et véhicule intrinsèquement une forme de violence et de repli communautaire qu’il reviendrait à la raison, incarnée par les institutions publiques, et notamment l’école, de combattre. Selon cette conception, la religion doit être, au mieux, tolérée dans l’espace privé mais ne doit avoir aucune existence dans l’espace public. Nous ne reviendrons pas, ici, sur les divers propos ayant véhiculé, sous diverses formes plus ou moins argumentées, cette idée. Nous nous contenterons de qualifier cette conception de la religion et de l’exercice de la raison de scientiste.

Elle est scientiste, d’abord, parce que, pensant prendre absolument le parti de la raison, elle refuse de réfléchir au fait que la raison elle-même, notamment dans sa dimension pratique, c’est à dire morale, peut être hantée en permanence par le retour de la déraison. Or, la rationalité n’est telle qu’en tant qu’elle est critique, c’est-à-dire réflexive. Les principes les plus justes peuvent ainsi se retourner implacablement en leur contraire si ce travail critique de la raison sur son action n’est pas repris sans cesse, retravaillé, réactualisé. C’est le cœur du projet des Lumières.

Ensuite, ce discours scientiste ferraille contre une conception fruste de la religion, amputée de toute dimension éthique et rationnelle. Or, ce discours consistant à réduire la religion à une croyance absurde n’est pas un discours rationnel sur la religion. Elle oublie, par exemple, que les religions monothéistes ont réalisé un travail d’unification de l’humanité, par l’affirmation d’une filiation commune de tous les hommes, et s’inscrivent ainsi dans un horizon universaliste, par-delà les appartenances nationales ou ethniques. Cette simplification à outrance a un coût pour le débat démocratique car nous avons pourtant besoin, et les croyants en premier lieu, d’une critique raisonnée de la religion. Pour cela, cette critique doit prendre au sérieux la religion et se donner la peine, pour être opérante, de l’appréhender dans sa complexité – dans ses lumières et ses ombres, incontestables et irréductibles, qu’elle partage avec toute éthique digne de ce nom.

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Loin de nous l’idée de gémir ici contre un manque de considération de l’État ou de la société à l’égard de la religion, et notamment de la religion chrétienne ! Le croyant sait bien que logique du monde et logique de Dieu ne vont pas de pair, parce que la foi en Dieu, en sa vérité et sa justice, instaure, précisément, un espace de critique et de transformation du monde ! Nous croyons simplement que c’est seulement par une prise en compte de la complexité du réel – et non sa simplification et, au fond, son évacuation – que celui-ci peut être transformé, et que la religion, qu’on le veuille ou non, fait partie de ce réel.

Le christianisme a par exemple développé des distinctions, avec les outils théologiques qui sont les siens, au sujet du fanatisme ou de l’exercice de la violence et de la réponse à apporter à celle-ci. Nous croyons que ces distinctions peuvent nourrir notre réflexion commune sur ce qui nous arrive aujourd’hui, et qu’il n’y a là ni « prosélytisme » ni « dogmatisme » mais un effort commun de l’intelligence pour vivre ensemble dans une société pluraliste – au fond, un travail politique.

L’Ancien Testament nous donne par exemple une distinction précieuse entre Dieu, qui donne une loi à l’homme et le place face à sa liberté, et l’idole, production de l’esprit humain dans lequel celui-ci place son désir de toute-puissance et d’abdication de la liberté – la sienne comme celle de l’autre. Le fanatisme religieux pourrait ainsi être analysé théologiquement comme le mécanisme par lequel le croyant prend une idole pour Dieu.

Au sujet de la violence, le Nouveau Testament nous dit que la violence se nourrit de la violence et que l’amour seul, qui renonce volontairement à la logique de la force, peut briser cette logique et faire triompher la vie sur la mort. Jésus nous dit ainsi « Vous avez entendu qu’il a été dit : « « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.» Eh bien ! moi je vous dis : aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs » (Mt 5, 43-45). Jésus ne refuse pas le conflit, il ne nous dit pas de ne pas avoir d’ennemis – et comment imaginer une lutte sérieuse contre l’injustice sans conflit ? Il se place plutôt au cœur du conflit : s’il nous dit d’aimer nos ennemis, c’est précisément car nous en avons ! Mais, et cela change tout, il nous dit d’aimer nos ennemis, c’est à dire, en eux, toujours, de respecter la dignité et la vie, de rechercher dans leur visage le visage de l’homme aimé de Dieu et personnellement voulu par lui. L’amour chrétien est ainsi un appel, ici et maintenant, à l’action juste. A la suite du Christ, nous croyons donc que seul le refus de la force, par l’amour, peut être une réponse sérieuse, puissante, durable – et non angélique ou naïve – à la logique de perpétuation de la violence.

Nous croyons ainsi qu’aujourd’hui la stigmatisation, de plus en plus assumée, des musulmans et de ceux qui sont perçus comme tels, nourrit de façon perverse et très concrète cette logique de violence et que, a contrario, les initiatives qui luttent contre cette stigmatisation et visent à reconnaître la participation des musulmans à la vie publique comme légitime et riche brisent cette logique et constituent des ferments durables de paix. Nous pensons que ce n’est pas en érigeant de nouvelles idoles politiques – sécuritaires ou identitaires – que nous lutterons efficacement contre les actes terroristes mais que nous pouvons avoir pleinement confiance dans l’arsenal dont dispose déjà notre État de droit pour lutter contre le terrorisme islamiste et sa logique nihiliste avec ténacité et rigueur. Au fond, nous croyons que notre démocratie républicaine (la République est d’abord une démocratie !) n’a pas le choix : au jeu de la violence et de la peur, les terroristes ont toujours le dernier mot. La démocratie, parce qu’elle est fondée sur l’idée que tous les membres d’une communauté politique, sans souffrir aucune exception, participent également à la vie et à la décision commune, n’a pas d’autre chemin que celui de la paix. Nous pensons que ce chemin n’est ni celui de la « lâcheté » ni celui de la « compromission » comme on peut l’entendre ces jours-ci mais celui, sérieux, de la vie commune dans une société pluraliste.

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Essayons ainsi de nous rappeler : pourquoi donc la liberté d’expression nous est-elle si précieuse ? Parce qu’elle garantit à celui qui a une opinion minoritaire de pouvoir l’exprimer sans être inquiété. La liberté d’expression est, au fond, la force de celui qui n’a pas la force avec lui. Elle s’inscrit donc toujours dans un rapport politique où il s’agit de protéger la parole dissidente contre l’État, ou tout pouvoir installé, dans l’intérêt de tous – puisque l’opinion minoritaire nourrit la discussion publique. A cet égard, elle constitue le bien le plus précieux pour toute pensée ou croyance, y compris religieuse, qui n’est pas majoritaire dans une société donnée.

Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait été proclamée pour la première fois, à quelques années d’écart, d’abord par la Déclaration des droits de Virginie rédigée par Madison en 1776 (article 12 sur la liberté de la presse), puis par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en France en 1789, qui disposait dans son article 11 que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. ». Il s’agissait donc, dans les deux cas, de contextes révolutionnaires de lutte contre des pouvoirs arbitraires, qui détenaient alors seuls, aux côtés des autorités religieuses, le privilège de la libre parole. La liberté d’expression est donc, au fond, démocratisation de la liberté de parole, auparavant monopolisée par les minorités au pouvoir. Elle s’inscrit donc toujours dans une configuration politique qui est celle de la démocratie : il n’y a pas de liberté d’expression sans démocratie vivante, c’est-à-dire sans égalité de tous dans un espace critique de discussion. La parole libre, y compris lorsqu’elle est satirique, vise donc toujours à interpeler la raison publique, appelle réponse et discussion – au fond, elle ouvre, y compris parfois à la serpe, un espace commun.

C’est pourquoi, dans notre édifice juridique français, la liberté d’expression s’exprime toujours dans le cadre de la loi, ce qui veut dire concrètement qu’elle n’est pas une liberté absolue mais qu’elle est, par principe, encadrée dans des limites. C’est déjà ce que disait l’article 11de la Déclaration de 1789, précédemment cité, et c’est aussi ce que dit la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950 qui constitue aujourd’hui, dans notre droit national, la norme la plus haute de protection de la liberté d’expression. Son article 10 stipule ainsi que « Toute personne a droit à sa liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir une ingérence des autorités publiques et sans considération de frontière. (… ) L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires dans une société démocratique (…) ».

Il est important de garder à l’esprit la distinction cruciale opérée par la Convention entre, d’une part, les droits absolus, qui sont au nombre de quatre et ne souffrent aucun tempérament (il s’agit notamment du droit de ne pas être soumis à la torture, à une peine ou un traitement inhumain ou dégradant et du droit de ne pas être réduit en esclavage ou en servitude) et, d’autre part, tous les autres droits qui peuvent faire l’objet d’une restriction en cas de « besoin social impérieux » reconnu comme « nécessaire dans une société démocratique », pour reprendre la jurisprudence de la Cour. La liberté d’expression, comme on le voit, appartient à cette seconde catégorie. C’est aussi le cas, par exemple, de la liberté religieuse. Faut-il considérer que ces droits et libertés ont une valeur moindre ? Pas le moins du monde, la Cour considère par exemple que la liberté d’expression est le « fondement de la démocratie ». La possibilité d’introduire ces restrictions vise en réalité à rendre ces libertés effectives dès lors que les libertés publiques, poussées à leur terme, se limitent mutuellement. Le travail d’une société démocratique pluraliste consiste alors, sans cesse, à ajuster les normes les unes aux autres pour garantir leur meilleure effectivité dans un contexte donné.

Il n’est pas inintéressant de relever, à cet égard, qu’en 2014 le législateur a réduit le champ de la loi de 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, second pilier, de niveau législatif cette fois-ci, de notre droit de la liberté d’expression. Il a ainsi sorti le délit d’apologie du terrorisme du régime spécial de la presse pour l’intégrer au régime pénal de droit commun. De même, une réflexion est actuellement à l’étude pour restreindre encore le champ de la loi sur la presse en en sortant les délits d’incitation à la haine. Des juristes se sont ainsi émus qu’à l’heure où la liberté d’expression est hissée au fronton de la République, elle soit en réalité menacée d’être restreinte au nom, notamment, de la lutte contre le terrorisme. On le voit, la mise en œuvre effective des libertés publiques est bien plus délicate à manier que ne voudrait nous le faire croire un certain nombre de discours prétendant les défendre « sans compromission », mais en réalité sans effectivité. Le droit des libertés fondamentales, loin d’avoir le caractère inflexible et même guerrier qu’on voudrait parfois lui attribuer, trouve en réalité sa force dans sa souplesse, c’est-à-dire dans sa capacité à combiner les normes fondamentales entre elles, et donc à les faire vivre.

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La liberté d’expression ne doit ainsi pas être protégée comme une nouvelle idole aux exigences absolues, mais comme l’un de nos droits les plus précieux, au service du débat démocratique, où toutes les voix, et pas seulement celles de l’État ou des médias les plus importants, doivent pouvoir s’exprimer dans les limites de la loi – donc sans user de la violence pour promouvoir une idée morale, politique ou religieuse. La liberté d’expression bien comprise est donc précieuse aux yeux du croyant, qui voit en elle l’une des conditions de son existence publique. A cet égard, elle ne s’oppose nullement à la liberté de croyance mais en constitue bien plutôt le soutien nécessaire.

Rappelons ainsi que l’article 1er de notre Constitution – le texte le plus élevé dans la hiérarchie des normes – proclame que la République laïque « respecte toutes les croyances ». Le sujet de la laïcité, définie en tant que neutralité publique à l’égard du fait religieux, est donc l’État et non la société : l’État doit être laïc précisément parce que la société ne l’est pas ! La laïcité, telle qu’elle a été consacrée par les lois de de 1881, 1882, 1886 et 1905 repose ainsi sur trois piliers indissociables : celui, bien connu, de la séparation de l’Église et de l’Etat ; celui, également, de la liberté de conscience et de religion, qui implique notamment le droit de croire ou de ne pas croire et le respect de toutes les croyances ; celui, enfin, de l’absence de discrimination en raison de l’appartenance religieuse. Enlevez l’un de ces trois piliers et tout l’édifice, patiemment et subtilement construit par les pères fondateurs de la IIIème République, est fragilisé. Maintenez ces trois piliers vivants et effectif, et la laïcité devient ce qu’elle ne devrait jamais cesser d’être : un puissant vecteur de débat et de vie commune dans une société démocratique pluraliste.

La laïcité ainsi comprise est, pour nous, chrétiens, ce qui nous prémunit contre la tentation de transformer le christianisme en religion civile, c’est-à-dire en une religion rattachée à un État, à une nation et son identité. La religion, on le sait, peut constituer, pour un pouvoir, un puissant, et possiblement dangereux, moyen d’unification de la communauté politique – mais ce processus n’a rien à voir avec l’ Évangile qui est une « bonne nouvelle » en tant, précisément, qu’il s’adresse à tous. Une parole universelle – c’est-à-dire, très concrètement, qui n’exclut absolument personne de la communauté morale et politique qu’elle instaure – ne peut être rattachée à une communauté ou un État particulier. Il s’agit d’une impossibilité à la fois logique et éthique.

Autrement dit, un principe ne peut être une identité. C’est pourquoi, la laïcité, pensée en ses trois dimensions indissociables, ne peut devenir une forme de religion civile de notre État républicain, sauf à être dévoyée, et donc perdue, en tant que principe universel. Nous portons l’espoir, en tant que chrétiens, que notre démocratie républicaine laïque reste confiante, au milieu de la période tourmentée que nous vivons, dans les principes puissants qui la constituent, et sont les meilleurs garants de la paix et de la vitalité de notre société pluraliste, dans toutes ses composantes.

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Ce texte a été écrit avant l’attentat qui a frappé la basilique Notre-Dame à Nice le 29 octobre 2020. Ce jour-là, la première lecture était un passage de l’épître aux Éphésiens de Saint Paul qui nous rappelle la spécificité du positionnement chrétien au regard de la violence, cœur même de la parole du Christ :

« Oui, tenez bon,
Ayant autour des reins le ceinturon de la vérité,
Portant la cuirasse de la justice,
Les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix,

Et ne quittant jamais le bouclier de la foi,
Qui vous permettra d’éteindre
Toutes les flèches enflammées du Mauvais.
Prenez le casque du salut
et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu. 
»

Éphésiens 6, 10-20