Je suis plutôt quelqu’un qui bouge et qui n’aime pas rester chez elle. Et ce confinement, il faut pouvoir le supporter, s’armer de positivité, se dire qu’on est pas les seuls et le prendre de manière très sérieuse. Car ce qui est en jeu c’est notre santé, la dégradation, voire la mort.

Au début de l’épidémie je ne me suis pas affolée, mais quand ça m’est tombé dessus, là j’ai bien compris. Fin février on en parlait déjà avec des amis, on plaisantait, « faut pas qu’on se fasse la bise », on ne le faisait pas mais on le prenait à la légère, « cet aprèm j’ai pris ma température », « ah moi aussi », on riait et puis on continuait. J’ai tout de suite été assez prudente, je commençais à me méfier mais sans plus. J’ai été à la montagne du 8 au 16 mars avec des amis, on en a pas du tout parlé, je me suis baladée, j’ai même pu faire du piano dans un chalet un peu plus loin. Mais une amie toussait beaucoup, l’idée m’a frôlée que c’était peut-être le virus. La veille du confinement j’étais dans les rues de Grenoble, j’avais mis un foulard autour du nez, mais plein de jeunes étaient ensemble, pas du tout conscients des risques.

De retour à Paris le lundi, comme j’étais fatiguée ça m’a pas dérangée de rester chez moi. Jusqu’au dimanche dans la nuit, où j’ai été en grande détresse respiratoire. J’ai appelé le 15 qui m’a envoyé une ambulance, l’attente était terrible, puis j’ai été aux urgences et hospitalisée pendant trois jours. Cela fait douze jours que je suis rentrée chez moi, depuis le 25 mars, jour de l’anniversaire de ma mère. Grâce à Dieu j’ai été épargnée. Mais après ça, on est encore plus fragile psychologiquement, se retrouver dans une chambre d’hôpital toute seule… le personnel qui jetait son tablier dans la poubelle en sortant de ma chambre… c’était affreux. Et puis maintenant je suis seule ici, avec mes souvenirs de l’hôpital. Mais bon il faut positiver et se dire que des gens sont plus malheureux que moi. Mais c’est une période pas facile. 

Le personnel qui jetait son tablier dans la poubelle en sortant de ma chambre… c’était affreux. Et puis maintenant je suis seule ici, avec mes souvenirs de l’hôpital.

Je vis dans un appartement en angle qui a cinq fenêtres, il est lumineux, j’ai fait faire des travaux, je m’y sens bien.  J’ai pas envie de faire de piano alors que j’en ai deux chez moi, pas envie d’écouter de musique non plus, je me sens pas suffisamment libre dans ma tête, pourtant j’aime ça. Je suis stressée, pas tranquille. J’ai du mal à me concentrer pour lire un bouquin, du coup je lis des magazines, des articles scientifiques sur le coronavirus et sur d’autres choses. Je me fais un peu de cuisine, de la pâtisserie J’écoute la radio, des choses un peu légères. Je m’informe par la télé, BFM TV, beaucoup d’interviews, de journaux, des tables rondes, on ne parle que de ça. Mais trop d’info tue l’info, on est envahis, c’est très anxiogène. Heureusement qu’il y a des chaines de culture gé et des docus. Là je regarde sur la 5 une émission « Les 100 lieux à voir ». Les journaux me manquent aussi, la presse à côté de chez moi est fermée.

Depuis trois jours je fais des mouvements de qi gong, des massages du visage et de la tête, de la relaxation, c’est bon pour les défenses immunitaires. Après je vaque à droite à gauche, sans être concentrée sur une chose, j’ouvre ma fenêtre qui donne à l’ouest, je me mets au soleil, c’est assez léger comme vie. J’essaye de pas trop ruminer et puis d’appeler les amis même si beaucoup sont en télétravail, je ne peux pas les déranger tout le temps. Le soir parfois des amis appellent. 

Je vaque à droite à gauche, sans être concentrée sur une chose, j’ouvre ma fenêtre qui donne à l’ouest, je me mets au soleil, c’est assez léger comme vie.

Le coté positif de ce confinement c’est que ça permet de se concentrer sur soi, de faire le point, de faire les choses qu’on a pas le temps de faire, qu’on aime faire chez soi, qu’on fait pas forcément quand on est libre. J’ai commencé à nettoyer mon appartement mais je ferai au fur et à mesure en fonction de mon état de santé et de mon énergie. J’en ai pas toujours, ça dépend du moment de la journée, parfois je suis très fatiguée le matin, c’est fluctuant. Si on vit le confinement de manière sereine, même si on manque de liberté, on a le choix du repos. Ce qui est aussi positif c’est que quand ça finira, on pourra réaliser les projets qu’on formule maintenant. J’ai envie de partir en Russie, j’essaye de regarder les différentes possibilités pour y aller.
La liberté de sortir c’est ce qui me manque le plus, faire ce que j’ai envie de faire, aller au ciné, aller me balader, aller à l’église, suivre la messe avec les autres paroissiens. J’ai vu la newsletter de Notre-Dame de la Croix de Ménilmontant, pour suivre la semaine sainte, j’ai commencé à la suivre. Le sport aquatique me manque, les concerts de musique de jazz… vivre quoi, normalement. Chez soi tout le temps c’est très dur. Et puis voir mes amis à l’extérieur. Vivre, vivre, là c’est une parenthèse difficile et le plus dur pour moi, mais tout le monde est pareil, c’est de pas savoir quand ça va finir. 

Quand ce sera fini, j’irai remercier Dieu de m’avoir sortie d’affaire en allant faire une petite prière à l’église. J’irai me trouver un film qui me plait à aller voir au ciné.

En même temps on prend conscience qu’on a de la chance de vivre dans un monde qui offre malgré tout beaucoup de choses positives. La vie est quand même belle, le fait de retrouver la liberté, c’est précieux. La vie est précieuse. Demain on sera peut-être plus positif avec les autres. Je remarque autour de moi, il y a une énorme solidarité entre les gens, je le sens à 20H quand on applaudit le personnel médical et tous les gens qui doivent travailler pour le bien-être des autres. On profitera encore plus de la vie après le confinement, de tout ce que la vie nous offre, on aura eu de la chance de s’en sortir, on aura davantage conscience de la liberté et de la beauté de la vie. 

Quand ce sera fini, j’irai remercier Dieu de m’avoir sortie d’affaire en allant faire une petite prière à l’église. J’irai me trouver un film qui me plait à aller voir au ciné. Puis retrouver mes habitudes passées, faire de l’aquagym, aller à un concert, enfin faire tout ce que j’ai pas pu faire. J’ai juste hâte que ça se termine. 


Portrait réalisé par Camille Oardă
Témoignage recueilli par Constance Gros


DES VIES CONFINÉES

Une série de témoignages en temps de confinement

N’étant pas tous confinés à la même enseigne, nous avons voulu donner la parole à plusieurs amis du Dorothy, des personnes de l’équipe, des habitués, pour qu’ils nous racontent ce qu’ils vivent, et nous partagent leur regard sur cette crise. Chaque témoignage est accompagné d’un portrait réalisé par un artiste du Dorothy