Soirée organisée au Dorothy le 17 juin 2022.

Le thème :

Le Dorothy vous propose une soirée-débat autour de ces enjeux politiques, économiques et écologiques fondamentaux.

« Que nul n’ait plus jamais faim » : telle serait une réponse à donner, selon Adorno, théoricien de l’Ecole de Francfort, à la question de savoir ce que seraient les mots d’ordre d’une société émancipée. Le capitalisme est en effet ce système qui échoue à satisfaire les besoins fondamentaux de tous malgré une production surabondante de biens. Mais quelle théorie économique et politique contemporaine est aujourd’hui en mesure de proposer un modèle juste de satisfaction des besoins fondamentaux, et s’agit-il toujours d’un des objectifs que la théorie politique s’assigne ? Comment, le cas échéant, identifier ces besoins fondamentaux ? Faut-il penser leur satisfaction à un échelon local, national ou mondial ? Faut-il, enfin, extraire l’organisation de la satisfaction des besoins fondamentaux du champ du marché et, si oui, selon quelles modalités ? Ces questions, qui font actuellement l’objet de vifs débats théoriques dans le champ de la philosophie politique et de la théorie critique, ont été également largement discutées, de longue date, par la doctrine sociale de l’Église dans plusieurs encycliques.

Nos invités :

Guillaume Dezaunay (professeur de philosophie au lycée Cormontaigne de Metz) et Agnès Grivaux (maîtresse de conférence en philosophie à l’université de Nantes).

Travail en groupe :

À la suite des deux interventions, les participants ont échangé en petits groupes à partir des questions suivantes et des deux textes ci-dessous.

  • Est-il possible/souhaitable de hiérarchiser les besoins pour les satisfaire universellement ?
  • Que répondre à l’objection du paternalisme contre une telle entreprise ? `
  • Quelle est l’échelle/l’institution pertinente pour organiser les conditions matérielles de la satisfaction des besoins de manière à la fois efficace et juste ?
  • Quels concepts forgés par la doctrine sociale de l’Eglise peuvent nous permettre de répondre à ces questions ?

Deux textes issus de Populorum progressio, pape Paul VI (1967) :

Paragraphe 21, L’idéal à poursuivre : « Moins humaines : les carences matérielles de ceux qui sont privés du minimum vital, les carences morales de ceux qui sont mutilés par l’égoïsme. Moins humaines : les structures oppressives, qu’elles proviennent des abus de la possession ou des abus du pouvoir, de l’exploitation des travailleurs ou de l’injustice des transactions. Plus humaines : la montée de la misère vers la possession du nécessaire, la victoire sur les fléaux sociaux, l’amplification des connaissances, l’acquisition de la culture. Plus humaines aussi : la considération accrue de la dignité d’autrui, l’orientation vers l’esprit de pauvreté, la coopération au bien commun, la volonté de paix. Plus humaine encore la reconnaissance par l’homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui est la source et le terme. Plus humaines enfin et surtout la foi, don de Dieu accueilli par la bonne volonté de l’homme, et l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle tout à participer en fils à la vie du Dieu vivant, Père de tous les hommes. »

Paragraphe 23, La propriété : « Si quelqu’un, jouissant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait-il en lui ? » On sait avec quelle fermeté les Pères de l’Eglise ont précisé quelle doit être l’attitude de ceux qui possèdent, en face de ceux qui sont dans le besoin : « Ce n’est pas de ton bien, affirme ainsi saint Ambroise, que tu fais largesse au pauvre, tu lui rends ce qui lui appartient. Car ce qui est donné en commun pour l’usage de tous, voilà ce que tu t’arroges. La terre est donné à tout le monde, et pas seulement aux riches. » C’est dire que la propriété privée ne constitue pour personne un droit inconditionnel et absolu. Nul n’est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent de nécessaire. En un mot, « le droit de propriété ne doit jamais s’exercer au détriment de l’utilité commune, selon la doctrine traditionnelle chez les Pères de l’Eglise et les grands théologiens ». S’il arrive qu’un conflit surgisse « entre droits privés acquis et exigences communautaires primordiales », il appartient aux pouvoirs publics de « s’attacher à le résoudre, avec l’active participation des personnes et des groupes sociaux. »