30 janvier 2020
Cycle Mourir au XXème siècle (2/3)
Conférence avec Adeline Valot et Coralie Trouvain, deux psychologues cliniciennes, travaillant auprès de patients en EHPAD et en service de réanimation

La mort vient par à-coups dans le débat public pour envisager à l’emporte-pièce le bien penser d’un droit à vivre ou d’un droit à mourir, et le manque de nuance, les emportements et la rigidité des débats confirment la symptomatologie : la mort nous confronte à de l’impossible. La mort d’un père, d’une mère, d’un frère, d’un conjoint, d’un enfant… la mort de l’autre, sa propre mort, notre propre mort, de diverses manières et au sein de divers attachements, viennent convoquer la vie par ce scandale de la disparition.

Si l’Humanité travaille cette question tout au long de son Histoire, il semble que les progrès médicaux et les évolutions socio-économiques de notre société, bousculent le rapport du sujet à la mort : qu’est-ce qu’être mort maintenant que la médecine réanime si efficacement, maintenant que l’arrêt du cœur ne fait plus limite ? Qu’est-ce qu’être en vie maintenant qu’être mort est devenu si confus, et ce, dans le savoir médical lui-même ? Que fait-on de notre angoisse ontologique face à la mort quand le progrès semble conforter l’illusion toute puissante de notre immortalité ? Et ainsi, est-ce que les Hommes vivent plus vieux parce qu’ils ont été mieux nourris, mieux soignés ou parce qu’il est devenu difficile de partir ?

Le paradoxe se pose donc ainsi, alors que nous accompagnons nos aînés dans le déploiement fait maintenant d’infinies nuances et d’innombrables paliers vers la fin de vie, pourquoi nos concitoyens, eux, au contraire, en pleine santé, revendiquent un droit à mourir et veulent le poser sur papier, en informer leur enfants, ou fantasmer sur un départ en Suisse ou en Belgique ? Pour être bien sûr de pouvoir mourir, ou s’assurer qu’ils auront une « belle mort » ? Ou pour remettre de la maîtrise où l’Humanité touche encore sa limite… ou joue avec les limites ?

Si les cliniques de la réanimation et celle des personnes âgées parlent toutes les deux de la mort, que la question de l’« acharnement thérapeutique », peut-être sémantiquement maladroitement devenu l’« obstination déraisonnable », cherche à nommer des vies prolongées par excès et pourtant aussi des vies sauves, la recherche de sens et les mouvements inconscients poussent à penser la façon dont la mort travaille notre société. Comment mourir aujourd’hui ? est une question qui provoque car elle semble concerner les désirs avoués de suicide assisté alors qu’elle vient peut-être plutôt convoquer chacun dans ce qu’il veut construire d’une possibilité de mourir pour soi et ses proches, pris entre l’irrationnel désir de vie et le drame de la condition humaine… le tout dorénavant flouté par les paradoxes du progrès.

Si ces considérations pourraient chercher des réponses dans des recherches métas et philosophiques, elles sont nées et vous sont proposées par l’expérience de les cliniques respectives de psychologue : Coralie Trouvain dans des services de réanimation et Adeline Valot en EHPAD, en service pour personne Alzheimer et en soin à Domicile. L’explicitation de l’accompagnement des malades, des familles et des équipes soignantes – triptyque commun et exemplaire dans l’écoute des phénomènes inconscients – se proposera de rendre visible certains mouvements à l’œuvre et d’amorcer des réflexions sur la mort, et surtout nous l’espérons, de soutenir le doute.