29 novembre 2019
Conférence avec Brahim Oumansour, chercheur associé à l’
IRIS.


Les causes de l’insurrection algérienne sont plurielles et de natures variées.

On peut déjà identifier des causes conjoncturelles :

  1. Le retour en force du peuple et de la pression populaire. On sort d’une politique surplombante qui voit le peuple comme un simple troupeau de votants. Le déclic de la révolte du peuple a été la décision de Bouteflika de se représenter, cela a été vécu comme une humiliation intolérable ; la chute du prix du pétrole dans le contexte d’un pays rentier. Cela a érodé le pouvoir d’achat d’une classe moyenne constituée en Algérie aux débuts des années 2000
  2. La chute du prix du pétrole dans le contexte d’un pays rentier. Cela a érodé le pouvoir d’achat d’une classe moyenne constituée en Algérie aux débuts des années 2000.

On peut aussi percevoir des causes plus structurelles :

  • (1) la persistance du chômage et le mécontement d’une jeunesse qui se sent mise en marge de l’action politique ;
  • (2) le traumatisme politique de la guerre civile des années 90, l’apathie politique qui a suivi et qui a été mise au service des castes dirigeantes devenues alors incontestables garantes de l’ordre ;
  • (3) une maturité politique de la population qui a intégré le traumatisme de la guerre civile et qui rejette la violence comme arme contre l’Etat, ce qui le déstabilise et le fait vaciller ;
  • (4) les nouveaux moyens d’engagement permis par les réseaux sociaux. Jusqu’en 2014, le réseau internet est limité et il y a peu d’usage des réseaux sociaux. Cela change et va permettre : de s’informer et de comparer la situation en Algérie avec celle dans d’autres pays (ex : le coût et le luxe des déplacements des représentants de l’Etat) ; de relier les informations et de mettre au jour des scandales (ex : scandales de corruption notamment avec des révélations publiques) ; de s’organiser politiquement (ex : maintenir une manifestation en dépit de son interdiction préfectorale) ; d’échanger entre Algériens et avec la diaspora hors d’Algérie. Il y a eu une cyber-mobilisation qui a précédé la mobilisation dans la rue. En janvier 2019, on a un élément déclencheur : la noyade d’un jeune que les secours n’ont pas réussi à sauver. Cela a abouti au limogeage d’un préfet (première fois qu’il y a limogeage d’un responsable institutionnel à la demande de la population). A la suite de ce fait-divers, on filme et on diffuse des situations vécues à l’hôpital, dans les services publics… On fait le constat d’une incurie de ceux-ci.

Quelle suite pour le mouvement ?

Plusieurs possibilités : (1) essoufflement du mouvement et réforme politique à la marge ; (2) traduction institutionnelle du mouvement et prise de pouvoir ; (3) suite de la protestation, mouvement de nature plus social que politique ; (4) raidissement du pouvoir et risque d’explosion de violence.