Pierre-Louis Choquet est docteur en économie et a écrit Plaidoyer pour
un nouvel engagement chrétien (2017). Voici le résumé de la conférence qu’il nous a donnée en mars.

Est-il seulement possible de donner une définition d’un phénomène si pluriel, dont on peine à cerner les contours? Plutôt que de clore le problème, j’ai suggéré qu’il était utile de le ré-ouvrir sans cesse, de multiplier les tentatives d’approche, d’explorer des perspectives – et ce afin de mieux comprendre ce que nous cherchons à dire lorsque nous prononçons le mot ‘capitalisme’. Faut-il y voir une capacité de certains acteurs commerciaux à désorganiser les structures d’échanges traditionnelles, et à les prendre de vitesse? Les travaux de Fernand Braudel sur l’économie médiévale nous permettent de faire cette hypothèse. Ou faut-il, au contraire, considérer que le capitalisme consiste en l’exploitation d’individus qui n’ont d’autre choix que de vendre leur force de travail pour survivre? Des filatures anglaises du XIXè à Deliveroo, l’écart est peut-être moins grand qu’on ne le pense – et Karl Marx nous aide à le comprendre. Ou encore, le capitalisme est-il avant tout un système de valeurs, rendu possible par la rationalisation croissante des processus sociaux et l’adhésion toujours plus grande des individus à des idéaux d’efficacité sociale ? Les travaux de Max Weber permettent d’y voir plus clair,
et de comprendre que nous vivons dans un monde désormais pénétré de cet ‘esprit du capitalisme’ qui, décidément, nous colle à la peau. Mais plus concrètement, ne devrait-on pas simplement relever que le capitalisme est avant tout une histoire d’entreprise?


Avec beaucoup de clairvoyance, Thorstein Veblen avait anticipé cette réalité institutionnelle, et suggéré qu’il fallait désormais prendre les organisations et leur réalité bureaucratique au sérieux. A l’heure où les GAFA et autres léviathans semblent être devenus les nouveaux souverains, son propos me semble avoir gardé sa pertinence. Enfin, et peut-être en
complément de tout ce qui a été dit, le capitalisme ne serait-il pas une dynamique sociale reposant sur la marchandisation croissante du monde – de la terre, du travail, de la monnaie? C’est ici Karl Polanyi qui se fait notre contemporain, pour penser les modalités nouvelles de l’accaparement – alors que celui-ci prend des visages que l’économiste hongrois n’aurait probablement pas anticipé. Si votre curiosité reste insatisfaite, quelques lectures plus contemporaines viendront prolonger la réflexion… ainsi de ces quatre titres:


Si tu es pour l’égalité, pourquoi es- tu si riche? de G. A. Cohen, est une introduction rigoureuse aux grandes thématique du marxisme

Géographie de la domination de D. Harvey, explore
les implications géographiques de cette même école
de pensée

L’anthropocène contre l’histoire d’A. Malm examine les ressorts de la crise climatique contemporaine

Gouverner le capitalisme d’I. Ferreras aborde avec beaucoup de pédagogie la question du gouvernement des entreprises.