Conférence d’Adrien Boniteau au Dorothy (18 octobre 2018)
Cycle Théologie Politique

« Tout pouvoir vient de Dieu ». C’est ainsi que la chrétienté a justifié, de manière générale, une obéissance quasi-absolue du chrétien aux régimes politiques existants. Pourtant, lorsque nous revenons aux sources bibliques, l’appréciation du pouvoir semble beaucoup plus nuancée, voire même critique. Si un certain nombre de passages pourraient laisser penser que l’obéissance du croyant au pouvoir est bienvenue — d’après une lecture souvent superficielle —, la plupart des textes bibliques s’opposent radicalement à toute forme de pouvoir. Ces passages critiques arguent du fait que, l’obéissance à Dieu étant absolue et exclusive, le croyant doit se soumettre à Dieu plutôt qu’au pouvoir : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac. 5, 29). Bien plus, la volonté d’exercer une charge politique est dénoncée comme une impiété, comme une tentative de se mettre à la place de Dieu : « Je ne dominerai point sur vous, et mon fils ne dominera pas sur vous ; car l’Éternel dominera sur vous » (Jg. 8, 23), ainsi que le déclare Gédéon. Jésus ne dira pas autre chose : « Ne vous faites pas appeler maîtres, car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. […] Ne vous faites pas appeler chefs, car un seul est votre Chef, le Christ » (Mt. 23, 8-10). Comment alors comprendre les passages bibliques qui semblent donner une vision plus positive du pouvoir ? Il convient de ne pas les extraire de leur contexte d’énonciation mais de les étudier à la lumière de la pensée de leur auteur.

 » L’obéissance à Dieu étant absolue et exclusive, le croyant doit se soumettre à Dieu plutôt qu’au pouvoir « 

Ainsi, bien que Paul de Tarse admette qu’« il n’est d’autorité si ce n’est de par Dieu » (Rm. 13, 1), il n’en insiste pas moins, à l’instar de Jésus, sur le fait que l’obéissance à Dieu est exclusive de toute autre obéissance (1 Cor. 8, 4-6). En fait, il faut interpréter l’obéissance aux autorités prônée par Paul comme la conséquence de la nature déchue, pécheresse, de l’homme, comme le résultat de la nécessité à laquelle il est assujetti en tant que pécheur. Or le croyant est justement affranchi de cette nécessité par la liberté en Christ, qui « a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix » (Col. 2, 15). Dès lors, pour le chrétien, l’obéissance ne revient plus aux autorités humaines, mais au Christ qui l’a délivré de leur pouvoir. Jésus étant son « seul maître et seigneur » (Jd. 4), le chrétien peut ainsi s’écrier : Dieu sans maître car Dieu seul Maître !